Hasta luego Emiliano

Cher Emiliano,

La dépêche est tombée ce matin, il est évident désormais qu’on ne te reverra plus chanter ton football sur les rectangles verts du monde, t’accrochant follement à l’espoir de collectionner de nombreux succès qui auraient dû remplir ton bahut, celui que tu avais commencé à user dès ton arrivée chez nous, dans notre belle cité de Bordeaux.

Notre club aurait dû être la passerelle avec le grand destin sportif qui sciemment t’attendait de l’autre côté de la Manche. Là où tant de héros ont échoué, tu avais déjà conquis le coeur de la difficile Cardiff et son passé minier ancré dans la culture populaire. Les gens de là bas ne se retournent pas sur la fatalité ou la facilité d’étoiles filantes mais se lèvent et scandent les besogneux et le labeur éreintant d’une poignée comme toi.

Désormais, c’est avec le teint plus pâle que d’ordinaire que tu suivras la Celeste, celle que tu rêvais secrètement de tirer jusqu’au plus haut dans les cieux, là où désormais tu as élu domicile. Ta nuque ne baigne pas dans le cresson bleu mais dans un océan de reconnaissance pour ton apport au monde du ballon rond, dithyrambique à ton sujet. Le parfum des soirs de matchs ne feront plus frissonner ta peau mais tu peux dormir tranquille et apaisé car tu as su nous bercer chaudement. Ce souvenir ému que tu laisses derrière toi est comparable à celui d’un membre de famille, un cousin, un frère qui aura su donner l’exemple.

Comme les héros de l’Antiquité, tu conduisais toi-même ton char, fer de lance d’une attaque qui n’abandonnait jamais, une aristie que les plus avertis sauront reconnaître. Messager d’une rage de vaincre sans limite, tu as prouvé qu’avec peu, il est possible de faire beaucoup. Qu’à tes côtés, les saisons devenaient des romans passionnants à une époque où le formalisme est de mise et transperce les compartiments d’une société de plus en plus lisse. Tes buts étaient des enchainements parfois dénaturés, surprenants et c’était là encore l’une de tes forces.

Si tu aimais surprendre sur le pré, ce matin, la nouvelle de ton décès tombe comme un couperet, asphyxiante et insupportable. On se reverra de l’autre côté.

Hasta luego !

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Auteur : Jean-Aurel

Fondateur Leero Sport News et juriste en herbe rêvant comme un gosse devant les passements de jambes de Roni, pense toujours qu'Edixon Perea aurait pu jouer dans un top club.

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